L’IA n’a rien inventé. Nos grands-mères l’ont fait avant elle.

Le 16 juin dernier s'ouvrait la Semaine de la Gastronomie Durable, portée par les chapitres jeunesse du World Food Forum. Le thème : « Célébrer...

L’IA n’a rien inventé. Nos grands-mères l’ont fait avant elle.

L’IA n’a rien inventé. Nos grands-mères l’ont fait avant elle. 1024 572 Jean-Marc Segati

Le 16 juin dernier s’ouvrait la Semaine de la Gastronomie Durable, portée par les chapitres jeunesse du World Food Forum. Le thème : « Célébrer le patrimoine alimentaire ». Du Maroc au Bhoutan, de la Côte d’Ivoire au Nigeria, des chefs et des professionnels de l’alimentation ont remis une évidence sur la table — la transmission orale d’une recette, le geste d’un cuisinier qui sait sans peser, c’est déjà de la technologie. Une technologie lente. Patiente. Qui n’a jamais planté en dix générations.

Posez-vous la question : combien de temps un système d’IA tient-il sans mise à jour ?

Je répète depuis des mois que l’IA est un multiplicateur créatif, pas un substitut. Voilà l’exemple qui le prouve mieux que tous mes slides.

Regardez l’autre bout du spectre. Le Sustainable Foods Summit, en janvier à San Francisco, montrait une IA qui évalue les risques d’approvisionnement, invente des protéines alternatives par fermentation de précision, redessine des systèmes alimentaires face au dérèglement climatique. Impressionnant. Nécessaire, même. Mais soyons clairs : rien de tout ça ne remplace la mémoire collective qu’un plat porte en lui. Aucune base de données ne réplique un lien au territoire.

Alors arrêtons d’opposer les deux. Le patrimoine, c’est la matière première. L’IA, c’est l’outil qui la documente avant qu’elle disparaisse, qui la fait voyager, qui la rend visible au-delà du village. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Et ce n’est pas moins exigeant non plus : préserver n’a jamais voulu dire figer.

Ce constat ne s’arrête pas à l’assiette. Dans mon métier, j’entends encore trop souvent que la technologie va remplacer le savoir-faire créatif. Non. Elle le prolonge — si, et seulement si, on prend le temps de l’écouter avant de la programmer. Sinon, elle ne fait qu’accélérer le vide.

La vraie question n’est pas « l’IA ou la tradition ». C’est : qui écoute encore assez longtemps pour transmettre quelque chose qui vaille la peine d’être accéléré ?

 

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